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[Interview] Le repas, un pilier de l’équilibre de votre enfant

Interview : le repas, un pilier de l'équilibre de votre enfant
Le repas est essentiel dans l’éducation d’un enfant et les bonnes habitudes alimentaires se prennent dès le plus jeune âge. Mais de nombreuses idées reçues circulent et il est parfois difficile de faire la part des choses.

Florence Faugère, responsable nutrition enseignement chez Elior, vous donne toutes les clés pour construire l’équilibre alimentaire de votre enfant.

Quels sont les enjeux des repas pour les enfants ?

On mange avant tout pour faire le plein de nutriments qui participent au fonctionnement et au développement du corps et de l’esprit. Votre enfant est en pleine croissance, il doit donc trouver un maximum d’énergie dans une nourriture adaptée, en quantité suffisante et à son goût !

Le repas fait également partie des rituels qui aident à rythmer et à structurer la journée. L’idéal, c'est quatre repas par jour à heure fixe : petit-déjeuner, déjeuner, goûter et dîner.

Le repas est aussi un vrai terrain éducatif. C’est à table que votre enfant découvre les aliments, qu’il s’initie aux coutumes familiales et que vous pouvez le sensibiliser au gaspillage. Mais cet apprentissage doit rester ludique car le repas a aussi un fort enjeu social : c’est le moment d’échanger en famille, ou entre copains, dans une ambiance agréable.

Qu’est-ce qu’une alimentation équilibrée pour un enfant ?

Une alimentation équilibrée pour un adulte ne l’est pas nécessairement pour un enfant ! Nous recevons des messages de santé publique au quotidien qui sont souvent adressés aux adultes : consommer 5 fruits et légumes par jour, éviter les matières grasses pour limiter les maladies cardio-vasculaires… Le risque est de faire de « l’adultomorphisme », c'est-à-dire qu’on inculque à nos enfants ce qui ne devrait s’appliquer qu’à nous.

Pour un enfant en pleine croissance, la carence peut être plus néfaste que l'excès

Une alimentation équilibrée pour l’enfant doit combler 4 besoins essentiels :

  • Le calcium, que l’on trouve principalement dans les produits laitiers et qui aide notamment à la croissance des os et des dents. Il faut garder à l’esprit que le capital osseux que votre enfant se crée jusqu’à la fin de l’adolescence lui servira toute sa vie !
  • Le fer, qui entre dans la composition de l’hémoglobine. Cet oligo-élément aide à transporter l’oxygène dans les cellules et a un rôle immunitaire anti-infectieux. Il permet aussi d’éviter les coups de fatigue et joue un rôle sur le cerveau, ce qui favorise la concentration à l’école par exemple. Les produits carnés (viande et poisson) sont notre principale source de fer. Certains végétaux, comme les légumes secs, contiennent aussi du fer, mais il est beaucoup moins bien absorbé par l'organisme.
  • Les acides gras essentiels (EPA / DHA) participent au développement du cerveau et du système nerveux. Les poissons gras sont très riches en DHA, d’où la fameuse cuillère d’huile de foie de morue que des générations d’enfants ont été forcées à avaler ! L'autre acide gras, l’EPA, se trouve dans certaines huiles végétales comme l'huile de colza.
  • Et enfin, les phytonutriments que l’on trouve dans les aliments d’origine végétale comme les fruits et légumes. Ils ont des propriétés antioxydantes et aident à la protection des cellules de notre corps.

Une fois que ces besoins sont couverts, on peut se faire plaisir ! Proposer une note sucrée à votre enfant en fin de repas ne déséquilibrera pas son alimentation.

Si l’excès n’est pas forcément un danger, quelle est l’origine de l’obésité infantile ?

L’obésité chez l’enfant est une maladie génétique reconnue. Certains enfants ont une prédisposition à devenir obèses et vont avoir envie de manger des quantités excessives de nourriture par rapport à leurs besoins. C’est une véritable lutte quotidienne pour ces enfants qui souffrent en plus d’être stigmatisés. Au lieu de réprimandes, ils ont besoin de soutien pour les encourager à faire de meilleurs choix alimentaires.

Le pédiatre ou le médecin traitant peut diagnostiquer la maladie au regard des courbes de croissance de votre enfant.

Les habitudes alimentaires prises dans l’enfance sont-elles des habitudes pour la vie ?

Oui et non ! L’enfant traverse 3 grandes périodes dans son alimentation :

De 0 à 3 ans, c’est la grande découverte des goûts et des aliments ! Il est important d’offrir à votre enfant une vaste palette gustative pour avoir plus de chances qu’il mange de tout en grandissant.

De 3 à 6 ans, c’est la période compliquée des néophobies alimentaires ! À cet âge, l’enfant n’a pas encore les capacités cognitives pour reconnaître un aliment sous différentes formes. Par exemple, s’il se régalait jusque là avec vos purées de carottes, il pourra en revanche rejeter les carottes sous forme de rondelles. La solution ici est simplement de lui resservir régulièrement le même aliment sous la même forme, pour qu'il s'y habitue. Et voir tous les membres de la famille manger la même chose pourra aussi l’inciter à goûter.

Puis au moment de l’adolescence, l’adulte en devenir cherche à prendre son indépendance, y compris à travers son alimentation. Il crée ses propres habitudes alimentaires, et il y a de grandes chances pour que son alimentation d’adulte soit influencée par les habitudes prises pendant son enfance.

Et le plaisir dans tout ça ?

Il est essentiel ! Le plaisir est indispensable pour développer une relation saine à l'alimentation. Il faut savoir dépasser notre approche parfois médicale de la nourriture et les leitmotiv comme « mange ta soupe, ça fait grandir ».

Votre enfant est naturellement curieux. Vous pouvez proposer une alimentation variée et cuisiner avec lui, lui raconter vos souvenirs gustatifs, lui apprendre des recettes, lui indiquer l’origine des aliments... Ce sont ces histoires qui font entrer l’enfant dans les coutumes familiales et lui permettent de passer un bon moment à table.

Le plaisir est indissociable de l’apprentissage, et c’est particulièrement vrai à table !

Certains enfants restent difficiles : des conseils pour les faire manger ?

Votre enfant ne veut pas finir son assiette ? Ne vous inquiétez pas, il régule très bien son appétit tout seul et ne se laissera pas mourir de faim ! Il est simplement important de distinguer le « j’ai pas faim » du « j’aime pas », et de s’assurer que les apports élémentaires sont couverts.

Votre enfant est difficile ? Voici quelques conseils :

  • Proposez-lui des recettes simples en évitant les mélanges. Les enfants sont sensibles au principe de « contamination », si un aliment qu’ils n’aiment pas est mélangé au reste du plat, c’est toute l’assiette qui sera boudée.
  • Montrez-lui que toute la famille mange ce qui est servi pour l’inciter à faire pareil.
  • Demandez à votre enfant de goûter son plat, sans l’obliger à manger s'il n'aime pas.
  • Variez les recettes en jouant sur les épices et condiments qui améliorent le goût des aliments les moins appréciés. Vous pouvez aussi agrémenter certains plats pour les rendre plus gourmands. Un gratin ou une quiche aux légumes ont souvent plus de succès que les mêmes légumes à la vapeur.

Servez à votre enfant de petites portions et laissez-le se resservir pour ne pas le décourager.

Qu’en est-il de la cantine ?

En proposant des recettes et des ingrédients que votre enfant n’a pas l’habitude de manger, la cantine est un lieu de découvertes et d’expérimentations. À la maison, vous allez forger ses habitudes alimentaires sur les vôtres. À la cantine, votre enfant peut s’ouvrir à d’autres cuisines et d’autres types d'alimentation.

 

Si le repas est essentiel pour le développement de votre enfant, il n’a rien de bien compliqué : il s’agit simplement d’en faire un moment agréable en famille ou entre copains, et de prendre de bonnes habitudes.

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